L’exo 1000
Puisque Morphée se refuse encore et toujours à moi, très bien, je laisse la gourgandine à ses orgies où je ne suis pas convié et emprunterai donc d’autres chemins. Je cherche donc ma route quand un étrange individu sort de l’ombre.
“Eh l’ami ! Suis-moi, je connais un raccourci.”
Mouais… Certes la proposition est alléchante, n’empêche que j’hésite. C’est que le bougre a tout de même une tête de dealer. J’ai beau apprécier Baudelaire, je ne suis pas opiomane. Petite concertation avec mon cerveau. Il est d’accord : ce type est louche, passons notre chemin. Je vais donc décliner poliment l’invitation quand mes nerfs se mettent de la partie. Ils sont crevés, ils en ont marre de nos errances nocturnes, et après tout on ne juge pas un livre à sa couverture. Et sans que j’aie mon mot à dire ils répondent :
“Ma parole, ce sont les dieux qui t’envoient ! Ouvre la voie, nous te suivons !”
Réticent mais n’ayant visiblement plus voix au chapitre, mon corps ayant finalement décidé de se rebeller et de prendre les choses en main, j’emboîte le pas de mon guide et m’enfonce à sa suite le long d’un sombre sentier. Et je ne peux m’empêcher de noter le curieux rictus qui orne désormais son faciès. Je tanse vertement mon corps in petto :
“Non mais ça va pas ? Je vous dit qu’il est louche ce type.”
“Ta gueule ! Laisse glisser ça va aller.”
Ben voyons, comme si j’avais le choix maintenant. La pensée me frappe soudain que cela fait désormais un moment que nous arpentons des passages que je connais pas et qui ne me disent décidément rien qui vaille.
“Dites, c’est encore loin ? Nan je dis ça parceque vous aviez parlé d’un raccourci…”
L’autre glousse :
“T’inquiètes, man ! Je connais le coin comme ma poche. On a fait un petit détour, mais ça devrait plus être long maintenant. Relax, profite de la balade.”
Tu parles. Facile pour lui de dire ça, il sait où on va, lui. De toute façon j’ai plus le choix. Je me résigne et je lui file au train. Deux heures plus tard on marche toujours. Cette fois y’en a marre ! Je colle une muselière à mon corps histoire de pouvoir en placer une et j’ouvre la bouche pour gueuler. C’est la que je réalise : ça fait un moment que je n’ai plus entendu l’autre déblatérer. Et pour cause : il n’est plus là. Personne à l’horizon. Et merde, j’ai dû avoir une absence. Et puis la sensation étrange qui me titille depuis cinq minutes finit par s’imposer au pied de biche. Je suis revenu à mon point départ et le jour s’est levé. Depuis peu visiblement, mais tout de même je viens de zapper quatre heures. Bah, c’est déjà ça…